08.02.2012

Faire face aux risques par la MDE : avec quels facteurs clefs de succès ?

 

Sujet « brulant d’actualité » si l’en est, la pointe électrique que nous subissons en période de grand froid, met en évidence 3 fragilités structurelles inhérentes au système énergétique Français :

 

  • la part considérable du chauffage électrique au regard des autres énergies de chauffage,
  • la part unique au monde du nucléaire dans le mix électrique français qui ne permet pas de faire face à la pointe,
  • le caractère centralisé de la production électrique qui rend le réseau extrêmement vulnérable.

 

Mettre en œuvre la Maitrise de la Demande Electrique sera l’un de leviers principaux à actionner pour faire face aux risques de « black-out ». Celle-ci devra être en particulier déployée tant au niveau des logements que des bureaux, commerces et usines. L’ensemble des acteurs de l’énergie réfléchissent, à tous les aspects de la MDE (technologie, sociologie, économie) par le biais d’actions expérimentales via des projets dits de « ville durable », « Smart Cities » qui devraient amener une gestion locale de la production énergétique et sa consommation partagée entre différents utilisateurs. Ont été identifié 3 facteurs clefs de succès communs à tous les projets de MDE :

 

    1. La compréhension des freins et des points de blocage liés aux comportements individuels,
    2. La mise en œuvre de politiques au niveau de la collectivité locale ou des entreprises du territoire cohérentes, et très fortement incitatives pour les populations et les décideurs économiques,
    3. La création et l’animation d’un système et de processus d’innovation.

 

 

 

Les comportements individuels représentent bien souvent de l’ordre de 40% des économies d’énergie potentielles dans un bureau. Au sein de sièges sociaux parisens, nous pouvons constater, par exemple, que 30% des consommations énergétiques liées à la bureautique provenaient uniquement des PC laissés en veille la nuit ou le week-end. Faire ce constat est en général loin d’être suffisant. Il faut ensuite procéder à un véritable diagnostic approfondi de la situation du point de vue à la fois humain, sociologique, social, organisationnel, managérial. C’est au prix d’un tel diagnostic qu’il est alors possible d’identifier les freins psychologiques, les croyances sous-jacentes qui empêchent de changer durablement les comportements. Dans le cas des expérimentations dites de « villes durables », nous sommes convaincus également que c’est en passant par ce type d’analyse que ces opérations seront réellement profitables à l’ensemble de la communauté dit "Intelligente" (ou "Smart" ...).

 

 

 

Mais ce n’est pas gagné pour autant. Nous nous heurtons alors à la deuxième difficulté que nous retrouvons également dans tous projets de transformation des entreprises ou, par exemple, dans la mise en œuvre des éco-quartiers dans des collectivités locales. Pas de résultats pérennes possibles, si le système de management, la politique RH, les politiques tarifaires, les règles dites « structurelles » ne sont pas cohérentes avec l’objectif de changement des comportements individuels. Comment demander à un personnel de surveiller sa consommation énergétique alors que c’est le fait même de travailler, par exemple avec un PC, qui génère cette « dépense d’énergie »? Comment trouver la cohérence entre des objectifs qui apparaissent contradictoires ?

 

 

 

Même en ayant identifié tous les freins, individuels ou collectifs, à lever pour la mise en œuvre réelle de la MDE, nous constatons que les projets risquent de s’arrêter à ce stade faute de solutions techniques ou humaines réellement innovantes ou faute d’avoir mis en œuvre un réel système d’innovation collective. Ce n’est pas en collant des affiches « éco-gestes » que les freins seront levés. Chaque individu, chaque personnel, chaque acteur dans une collectivité locale, détient en lui une part de la solution à mettre en œuvre. Les solutions du passé ne répondront pas au changement de paradigme requis pour mettre en œuvre la MDE. Il faudra donc inventer, collectivement, et « sur le terrain » de nouvelles solutions permettant d’agir localement dès maintenant pour faire évoluer les comportements.

 

 

 

C’est donc bien en agissant suivant ces 3 axes : « individu », « collectif », « innovation » que les solutions de MDE porteront durablement leur fruit. Des expériences à l’étranger (USA, Canada) démontrent qu’il est possible de démarrer, en commençant par la mise en place d’un système de mesure simple, compréhensible et accessible à tous, des consommations énergétiques. « Rendre Visible » l’énergie, sa consommation, sa production, son « gaspillage » est un pré-requis à la réalisation d’un diagnostic approfondi sur les comportements individuels et sur l’organisation associée. « Innover Ensemble et sur le terrain» est la deuxième étape indispensable pour trouver des fonctionnements, des organisations, des règles qui permettent de mutualiser, de collaborer, d’identifier de nouvelles solutions, qu’elles soient techniques ou humaines.

 

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